Le débat sur le train écolo fait rage en Allemagne

Image libre de droits. Source : wiki commons

La Deutsche Bahn a apposé une bande verte sur la nouvelle livrée de ses trains à grande vitesse, manière de montrer qu'ils circulent uniquement à l'électricité verte. L'entreprise défend ainsi l'idée qu'en prenant ses trains, le voyageur s'inscrit dans une démarche de lutte active en faveur de la protection du climat. Cependant, Alexander Eisenkopf, de l'université de Friedrichshafen, près du Lac de Constance, n'y voit qu'une simple stratégie d'écoblanchiment.

Par Gernot Zielonka, DMM

L'universitaire a une vision critique de la nouvelle livrée des ICE, faite de bandes vertes apposées sur les voitures de têtes et de queue. « Ce design tout de vert n’est qu’une stratégie de marketing, sans effet réel – du greenwashing pur et simple », explique-t-il. Car la Deutsche Bahn est encore loin d’avoir atteint une quelconque neutralité carbone. 

Elle n’achète de l’électricité verte que dans la mesure où cela correspond aux besoins en énergie de ses trains de grandes lignes, mais pas aux besoins de traction des autres trains. « Le slogan sur les 100% d’électricité verte ne correspond pas à la réalité, 
selon Eisenkopf, qui s’appuie sur les chiffres de l’année 2018. Pour l'ensemble des trains, la part d’électricité verte s’établit à 57% »Le solde provient du charbon et de l’atome.

De plus, sur les lignes secondaires, circulent encore des locomotives diesel, poursuit le
chercheur. Ce n’est qu’en 2038 que l’entreprise entend circuler à l’électricité 100% verte, et elle
ne doit atteindre la neutralité climatique qu’en 2050, soit trente-et-un ans à compter
d’aujourd’hui !

L’expert en transport doute par ailleurs qu’il soit possible de redresser la barre. « L'Etat est responsable de l'infrastructure et les moyens suffisent juste pour l'entretien, mais pas pour les investissements », dit-il.

Le porte-parole des Verts pour la politique ferroviaire, Matthias Gastel, se montre tout aussi critique. Le plan fédéral pour les transports compte de nombreux projets routiers. « Le projet de budget fédéral pour l’année 2020 prévoit même une baisse des investissements pour la construction et l’aménagement du réseau ferré. Il faut enfin inverser la politique de construction de routes de ces dernières décennies – et conférer la priorité au rail sur la route à l’avenir ».

Dans un communiqué de presse établi en réponse aux critiques de M. Eisenkopf, la Deutsche Bahn rappelle que ses trains de grandes lignes circulent à 100% à l’électricité verte, toute affirmation contraire étant donc erronée. La DB qualifie les affirmations de M. Eisenkopf d'éloignées de la réalité.

Ainsi, selon la DB: 
  • Les trains de grandes lignes ont le bilan écologique le meilleur, et de loin. Ainsi, par kilomètre parcouru par une personne, les trains de grandes lignes émettent un gramme de CO2 contre 32 g pour les autocars, 139 g pour la voiture et 201 g pour un avion.
  • La DB prise dans son ensemble s’est fixé des buts très ambitieux pour l’ensemble des trains. En 2019, pour les trains de grandes lignes, de fret, régionaux et RER, la part des énergies renouvelables est de 60 %, en progrès par rapport à 2018 où elle n’était que de 57 %. A titre de comparaison, pour l’ensemble de la consommation énergétique allemande publique, la part d’électricité verte est de 40,4 %.
  • La DB aura éliminé toute source fossile pour son approvisionnement énergétique au profit de l’énergie verte d'ici 2038.
  • Les constatations de M. Eisenkopf sont erronées aussi en ce qui concerne le financement de l’infrastructure. Dans les années qui viennent, les budgets consacrés au rail seront plus élevés que jamais, et prévoient 86 milliards d’euros pour l’entretien seul, ce qui est moitié plus qu’auparavant.


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